DE PÈRE EN FILS DEPUIS 1930

Morastylos, c’est une histoire de famille et une passion des stylos transmise de père en fils. Fondée à Paris en 1930 par Boris Mora, la Maison se poursuit avec André, entre stylos anciens, restauration et créations Oldwin.

Depuis la fermeture de la boutique parisienne en décembre 2022, André poursuit l’aventure en ligne et lors de pen shows à travers le monde, aux États-Unis, en Europe et en Asie, à la rencontre des passionnés et des collectionneurs.

Boris Mora à ses débuts
Boris Mora, le fondateur
André Mora au London Pen Show, octobre 2025
André Mora, son fils

1930, les débuts de la Maison Mora

Né à Odessa en 1907, Boris Morakhovski, connu sous le nom de Boris Mora, quitte l’Ukraine à la fin des années 20. En 1930, à 23 ans, il crée à Paris une entreprise de papeterie de gros et de fournitures de bureau, également spécialisée dans la vente et la réparation de stylos.

Il fonde la même année la marque Oldwin, dont les modèles sont fabriqués dans le Jura. Boris Morakhovski sillonne l’Hexagone d’avant-guerre pour y vendre ses stylos et ses pièces détachées pour stylos anciens.

Engagé volontaire au service du pays qui l’avait accueilli, décoré avec son régiment, Boris, d’origine juive, connaît cinq ans de captivité dans les stalags nazis.

Lors de son transfert vers un stalag, il cache ses papiers militaires dans la bâche du camion qui l’emporte, craignant les réactions de ses geôliers à ses origines russes. En 1945, un gendarme lui rend ces papiers, retrouvés toujours cachés dans la bâche dudit camion !

De retour en 1945, Boris installe son commerce au premier étage d’un appartement de la rue Dauphine. À l’époque, c’est la grande pénurie, on manque de tout et les gens n’hésitent pas à monter à l’étage pour trouver ce qu’ils cherchent.

Il devient français à la fin des années quarante.

Buvard Oldwin
Buvard Oldwin

Boris et Pauline, rue Séguier

En 1958, l’année de la naissance de son fils André, Boris Mora s’installe rue Séguier. Le commerce de papeterie en gros fait prospérer la famille, en parallèle avec le développement de grandes marques de stylos comme Waterman et Parker.

Boris conserve dans le magasin un antre consacré aux stylos anciens. Les ventes aux particuliers étaient généralement le domaine de Pauline Mora, la mère d’André. Son mari lui déléguait volontiers les relations avec les collectionneurs, son caractère taciturne ne l’incitant pas à faire causette.

Au fil d’une trentaine d’années, Boris développe Oldwin, produisant plus d’une centaine de modèles de stylos plumes, billes et portemines. La concurrence des poids lourds du secteur et l’essor du stylo à bille l’amènent à mettre la marque en veilleuse.

André grandit dans cet univers. À son entrée en sixième, il reçoit de son père son premier stylo plume, un Waterman Flash au corps turquoise, suivi d’un Waterman Facette chromé en quatrième.

Les clients continuent d’affluer. En 1976, un article publié par l’hebdomadaire Le Point contribue à faire grimper les ventes de stylos anciens.

Pauline et Boris Mora devant le 10, rue Séguier
Pauline et Boris Mora devant le 10, rue Séguier

1978, André reprend les rênes

1978, André Mora a vingt ans, un diplôme de comptabilité, son père avance en âge : il est temps pour lui de diriger la Maison. Né avec un stylo à la main, enfin presque, André est impatient de reprendre les rênes.

Boris se retire du magasin, mais continue à réparer les stylos anciens à son domicile. André abandonne progressivement la papeterie de gros pour se consacrer à la vente aux particuliers et à la réparation de stylos à plume. Le rayon des stylos anciens s’enrichit, toujours à la recherche de nouvelles pièces, étrangères notamment.

En 1989, année du décès de son père, André participe à une première vente aux enchères consacrée aux stylos. D’autres suivent, auxquelles il apporte son expertise auprès des commissaires-priseurs et des assurances.

André Mora, expert lors d’une vente à Drouot
André Mora, expert lors d’une vente à Drouot

1991, une adresse culte

Après le 10 puis le 7 de la rue Séguier, André Mora établit ses quartiers au 7, rue de Tournon, en janvier 1991. À deux pas du Sénat et des jardins du Luxembourg, la boutique était un lieu de ralliement pour les passionnés de stylos.

Ici, tout était consacré à l’écriture : stylographes, encres et accessoires, littérature spécialisée. Encriers anciens, étuis en cuir, bois ou soie, présentoirs et objets publicitaires rares côtoyaient les stylos contemporains, dont les plus prestigieux étaient présentés dans des niches, à l’instar des bijoux.

On venait y dénicher l’objet rare, confier la réparation d’un stylo de valeur ou demander une expertise de pièces anciennes. Vendre une collection ou découvrir une nouveauté : André Mora répondait toujours présent.

Ancienne boutique, 7, rue de Tournon
Ancienne boutique, 7, rue de Tournon

Le savoir-faire et les rencontres

Dans l’atelier où travaillait déjà son père, André reprenait les pièces anciennes au tour et refaisait leurs pas de vis. Bagues, clips, plumes et conduits : le stock transmis par Boris constituait un véritable trésor pour la restauration des stylos.

En janvier 2008, le Syndicat français des experts professionnels en œuvres d’art et objets de collection confirme son admission comme membre actif dans la spécialité « Stylos de collection ».

La réparation accompagne l’histoire de la Maison depuis ses débuts. Parmi les pièces qui lui ont été confiées figure un stylo-plume Waterman utilisé par le général MacArthur pour signer la capitulation du Japon, restauré à la demande du MacArthur Memorial de Norfolk, aux États-Unis. Le musée le remercie en juin 2016 pour cette intervention, réalisée gracieusement.

En 1996, André participe à son premier Pen-Show, à Los Angeles. Ces expositions-ventes lui permettent de dénicher les pièces correspondant aux désidératas de ses clients et de rapporter des merveilles introuvables sur le marché français. D’autres rencontres suivent aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Stylo plume Waterman utilisé par le général MacArthur, avant et après restauration
Stylo plume Waterman utilisé par le général MacArthur, avant et après restauration
André Mora examine une plume à l’atelier
André Mora examine une plume à l’atelier

2002, la renaissance d’Oldwin

Relancer la marque de stylos chère à son cœur, « Oldwin », celle de son père Boris Mora, c’était depuis longtemps l’envie d’André. Son souhait se réalise en 2002, pour le plus grand bonheur de ses nombreux clients. Un hommage au père qui comble de joie le fils.

Si Boris n’était pas collectionneur dans l’âme, André a pu retrouver les éléments de la mémoire Oldwin auprès de clients passionnés. La marque familiale retrouve ainsi sa place parmi les créations de la Maison.

Le Classic en exprime l’esprit : un stylo plume épuré, sans bague, rappelant la forme balance des années 30. Une ligne élégante, une plume bien en vue, belle et douce !

Ébonite, résine acrylique, celluloïd ou bois, les matières sont travaillées à partir de barres. La laque naturelle, l’or et l’argent trouvent également leur place dans certaines créations. Matériaux, toucher, prise en main et design : tout participe au caractère du stylo.

Son conseil aux collectionneurs

« Celui de toujours acheter ce que l’on aime. »

André Mora, L’Œil, septembre 2009
Anciens stylos plume Oldwin
Anciens stylos plume Oldwin

Des créations reconnues

André Mora avec le Loulav et son Reader’s Choice Award, 2012
André Mora avec le Loulav et son Reader’s Choice Award, 2012

En 2010, à l’occasion des 80 ans de la Maison Mora, Oldwin propose six séries de huit stylos numérotés en celluloïd ou ébonite. Tous sont rapidement épuisés.

En 2012, les lecteurs du magazine Pen World décernent à André Mora le « Reader’s Choice Award » dans la catégorie Meilleur Thème Culturel pour le stylo plume Oldwin Loulav. Cette série limitée à quinze exemplaires évoque les fêtes juives de Souccot. Une reconnaissance mondiale pour la marque familiale.

En 2013, la mairie du 6ème arrondissement de Paris remet à André Mora une médaille en récompense de son dévouement au service de la collectivité.

En 2014, une nouvelle exposition consacrée à Waterman fait suite à celles de 1993 et de 2008. Les amateurs pouvaient y admirer plusieurs centaines de pièces exceptionnelles et parfois uniques.

En 2020, la Maison Mora célèbre ses 90 ans. En partenariat avec son ami Emmanuel Caltagirone, de The Pen Family aux États-Unis, André lance une édition limitée de 90 stylos Oldwin numérotés, en celluloïd Arco vert d’Omas. Cette édition introduit pour la première fois un remplissage à piston dans les collections Oldwin.

En décembre 2022, la boutique parisienne a fermé ses portes. Un nouveau chapitre s’ouvre pour Morastylos, qui poursuit son activité avec passion à travers son site internet, morastylos.com, ainsi que lors de pen shows à travers le monde, aux États-Unis, en Europe et en Asie.

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André Mora au London Pen Show, octobre 2025
André Mora au London Pen Show, octobre 2025

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